Installation industrielle de Lafarge Granulats
Installation de Lafarge Granulats
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La guerre peut-elle être synonyme de profit ?

Comparaissant devant la justice française depuis le 4 novembre 2025, le cimentier Lafarge répond de ses actes. Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, ce 13 avril 2026, à six ans de prison avec incarcération immédiate l'ex-PDG de Lafarge, Bruno Lafont, ainsi que sept ex-responsables pour financement du terrorisme en Syrie en 2013-2014. En quoi le financement du terrorisme avantagerait-il une entreprise ?

« Lafarge et ses ex-cadres ont été reconnus coupables d'avoir versé, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria, 5 593 897 euros aux groupes jihadistes armés État islamique, Jabhat al-Nosra et Ahrar al-Cham, afin de maintenir l'activité d'une cimenterie dans le nord de la Syrie en pleine guerre civile. Un "montant jamais atteint" dans un dossier de financement de terrorisme devant la justice française », lit-on sur le site de l’Agence France-Presse (AFP).

L’ex-dirigeant du CAC 40, qui nie avoir été au courant des versements aux groupes djihadistes, a été arrêté même dans la salle d’audience et emmené ensuite par des policiers. L’ex-PDG de Lafarge de 2007 à 2015 a écopé, lui, d’une peine de six ans de prison avec incarcération. Les sept anciens responsables du cimentier ont été condamnés, de leur côté, à des peines allant de 18 mois à sept ans de prison.

Lafarge se retrouve comme l’un des rouages des attentats. D’après les propos de la présidente, la société avait un véritable partenariat commercial avec l’État islamique (EI). Ces fonds ont ensuite permis au groupe terroriste de préparer des attentats tels que ceux de 2015. L’entreprise Lafarge a, par ailleurs, été condamnée à payer une amende maximale de 1,125 million d’euros.

Le cimentier Lafarge

Lafarge est une entreprise française de matériaux de construction fondée en 1883, filiale du groupe suisse LafargeHolcim depuis 2015, devenu Holcim en 2021. Tel que mentionné sur son site officiel, lafarge.fr, la société « Lafarge est le leader des matériaux et des solutions de construction innovants et durables en France. L’entreprise s’appuie sur l’expertise de 4 200 collaborateurs répartis sur plus de 400 sites. Avec ses marques bas carbone et circulaires devenues des références, comme ECOPlanet, ECOPact et ECOCycle, elle permet aux constructeurs de faire progresser la performance environnementale de leurs ouvrages. Elle est aussi fortement engagée dans la décarbonation de ses outils de production (trajectoire net zéro en 2050) et la réduction de l’impact de ses activités sur l’environnement (préservation de la ressource en eau et développement de la biodiversité sur ses sites : certifications ISO, charte RSE de l’Unicem, engagements biodiversité reconnus SNB). » 

Que révèlent les faits depuis le début de cette affaire ?

Le groupe Lafarge aurait, de 2013 à 2014, versé, via sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), plus de cinq millions d’euros à des groupes jihadistes, dont l’organisation État islamique, pour maintenir l’activité d’une cimenterie à Jalabiya pendant que le pays était en guerre.

Lors du procès du 4 novembre au 9 décembre 2025 pour la même cause de financement d’organisations terroristes par le groupe Lafarge, les juges ont affirmé les propos ci-après : « La société conservait son autonomie décisionnelle et aurait pu, à tout moment, mettre fin à l'exploitation de l'usine, notamment au moment où ses dirigeants avaient pris connaissance des exigences financières des entités terroristes. » Ils ajoutent aussi qu’« en acceptant de payer ces entités, la société évaluait les contreparties qu'elle pourrait en retirer, telles que le déblocage des routes, la libre circulation des camions et des salariés de l'usine grâce à la délivrance de laissez-passer ».

Lafarge a-t-elle mis en avant ses profits au détriment de la guerre ?

Lafarge s’est adaptée à la situation pour tirer des intérêts économiques et a su la contrôler pour continuer à produire ses marchandises. Cette guerre a donc servi d’environnement économiquement exploitable grâce à la négociation avec l’État islamique. Ces fonds auraient ainsi contribué à financer des actes de violence et l’achat d’armes de guerre, renforçant les capacités des groupes terroristes.

Par ailleurs, le temps écoulé entre les faits (2013) et la condamnation (2026), soit plus de 13 ans, révèle une certaine lenteur judiciaire, qui peut s’expliquer par la complexité des enquêtes et la vérification des faits.

La condamnation du groupe Lafarge pourrait mettre en péril la crédibilité de plusieurs grandes entreprises et susciter des interrogations sur leur implication dans des conflits actuels dans d’autres pays.

Bien qu’ailleurs en Occident cette affaire condamne la société Lafarge et ses ex-responsables, elle pose une question sérieuse : l’Afrique ne pourrait-elle pas être confrontée à une situation similaire, au vu de la multiplication et de la présence croissante des groupes terroristes dans le nord de certains pays ?