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Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH)
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Que lit-on entre les lignes après la suspension des activités de la LTDH en Tunisie ?

Les activités de la Ligue des Droits de l’Homme ont été suspendues ce vendredi 24 avril 2026 pour une durée d’un mois par les autorités tunisiennes, selon un communiqué du groupe faisant partie du quatuor de la société civile ayant remporté le prix Nobel de la paix en 2015. Que pourrait se cacher derrière cette décision de la Tunisie ?

« Aucun commentaire n'était disponible dans l'immédiat sur la question par le gouvernement », a révélé Reuters sur son site d’information. Cette décision ferait partie d’un modèle plus large de freins de plus en plus systématiques à la société civile et aux voix libres et indépendantes, selon les déclarations de la Ligue.

Que sait-on de la LTDH en Tunisie ?

Tel qu’écrit sur son site ltdh.tn, la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l'homme a été créée le 14 mai 1976 et a obtenu un visa légal le 7 mai 1977. C’est la première association de ce genre à apparaître en Afrique et dans le monde arabe.
Elle est une association visant à l’observation et à la défense des droits de l’homme en Tunisie et est l’une des composantes du Quartet du dialogue national, ayant obtenu le prix Nobel de la paix 2015 pour son rôle dans la tenue des élections présidentielles et législatives, ainsi que dans la ratification de la nouvelle constitution en 2014.

Le Quartet du dialogue national et la situation politique en Tunisie

Le quartet, formé au cours de l’été 2013 alors que plusieurs assassinats politiques et de vastes troubles mettaient en danger la démocratisation, a longtemps contribué à la construction d’une démocratie pluraliste en Tunisie à la suite de la révolution de Jasmin en 2011. Il a contribué aussi à l’établissement d’un régime constitutionnel garantissant des droits fondamentaux sans distinction de sexe, de convictions politiques et de croyances religieuses.

Cependant, la situation politique de la Tunisie reste complexe, même après la fuite de Zine El-Abdine Ben Ali vers l’Arabie saoudite. Une fuite marquant la fin de près d’un quart de siècle de règne sans partage sur le pays. Lors des présidentielles anticipées en septembre 2019, au cours desquelles deux antisystèmes se sont affrontés, le juriste Kaïs Saïed l’aurait emporté sans parti avec 72 % des voix exprimées.
Le président Kaïs Saïed, en juillet 2021, s’appuie, deux ans après, sur l’article 80 de la Constitution pour déclarer l’état d’exception, suspendre le Parlement et s’accaparer les pouvoirs exécutifs. Une nouvelle constitution, en juillet 2022, aurait été approuvée par référendum par près de 95 % des votants pour un taux de participation de 30 %. En octobre 2024, Kaïs Saïed remporte encore les dernières élections présidentielles organisées sans opposition avec seulement trois candidats, dont un emprisonné, avec 90 % des voix.

Quoi lire dans cette mesure de suspension de la LTDH

La suspension de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme par les autorités tunisiennes laisse entrevoir, au-delà d’une simple mesure administrative, plusieurs interrogations. Elle pose des questions tant sur la situation politique que sur l’espace d’expression nationale. Elle remet en cause l’importance des ONG sur le territoire et renforce l’idée d’un contrôle accru de la liberté d’expression, qui pourrait se réduire avec le temps.

Par ailleurs, la suspension d’une association aussi importante, ayant longtemps contribué à la stabilité nationale, pourrait être un moyen de recadrer la société civile et de redéfinir les règles encadrant les libertés fondamentales.

Autres ONG victimes de suspension en Tunisie

La LTDH n’est pas la seule dans l’histoire à avoir subi une suspension. Les autorités tunisiennes ont ordonné la suspension des activités d’au moins 17 ONG pour des durées de plusieurs mois en octobre 2025. L’on compte, entre autres, le Forum des femmes démocrates et sociales et des droits économiques et sociaux

Nombreux sont ces pays africains vivant dans des régimes fermés et autoritaires, avec des révisions constitutionnelles, mais une continuité dans la suspension des ONG visant à contribuer à la sécurité et à la liberté d’expression à l’ère de la transparence et de l’expression citoyenne reste à remédier. L’Afrique ne serait-elle pas en train de se noyer dans une phase de réduction progressive de l’espace démocratique et de la liberté d’expression ?